(billet mis à jour le 16 juillet 2020)

Rédiger c’est bien évidemment respecter un certain nombre de règles syntaxiques, orthographiques, lexicales mais c’est aussi organiser et structurer ses idées, prendre le temps qu’il faut et l’organiser et, avant tout, utiliser les bons outils. Sauf exception, l’écriture est maintenant numérique et suppose des compétences nouvelles (Ruiz, 2020).

Les traitements de textes

Traditionnellement et à cause du monopole de son éditeur, c’est le logiciel Word qui est le plus souvent utilisé pour la rédaction de textes.

Du côté des traitements de texte, il y a pourtant la suite bureautique LibreOffice, une alternative libre, en open source. Cette suite propose des outils comparables, fonctionnant sur toutes les plateformes (Windows, Mac-OS ou LINUX).

On peut aussi faire le choix du travail en ligne et utiliser l’éditeur de Google docs, traitement de texte relativement complet. Cet outil permet de travailler à plusieurs sur un même document. Le document est enregistré en ligne et est accessible à partir de n’importe quel ordinateur équipé d’un navigateur Internet.

Les traitements de texte sont cependant des programmes complexes avec de multiples fonctions dont certaines sont mal utilisées ou rarement voire jamais utilisées.

À l’origine, le traitement de texte avait pour objectif de remplacer la machine à écrire afin de produire des pages imprimées. Les traitements de texte comme WordStar ou WordPerfect permettaient d’accéder au code et de contrôler la mise en page. Avec l’orientation WYSIWYG (What You See Is What You Get, autrement dit, ce que vous voyez à l’écran est ce que vous aurez comme résultat imprimé), l’accès au code a progressivement disparu. Il est dès lors souvent ardu de comprendre et modifier certaines erreurs de mise en page. De plus, les documents qu’ils produisent maintenant sont lourds et ne sont plus adaptés aux consultations les plus courantes, à l’écran (Dehu, 2018).

Le format propriétaire des traitements de texte (comme Word ou Page) est aussi un problème. Nous n’avons aucune garantie de pouvoir ouvrir un document sans la licence d’utilisation ou avec une version plus récente (tout particulièrement pour Word, même avec le nouveau format docx qui donne théoriquement la possibilité d’ouvrir les fichiers xml qui constituent le document).

… et je ne parle pas des menus qui, pour certains logiciels, occupent presque un quart de l’écran et ressemblent de plus en plus à une usine à gaz.

Les principes

L’écriture numérique doit être structurée, elle doit à la fois organiser la pensée et permettre d’exprimer cette organisation. Elle doit aussi respecter les standards ouverts pour la diffusion et le partage de cette écriture.

Le principe de base est de séparer l’écriture et la mise en forme pour ensuite exporter son texte dans n’importe quel format, pouvoir l’éditer avec n’importe quel outil (voir plus loin), sur n’importe quelle plateforme (Windows, OSX, Linux…) et avec une garantie de pérennité.

Avec les nouveaux modes de consultation (à l’écran), il faut au minimum pouvoir produire des fichiers html (des pages web), ePub (un fichier compressé, créé pour les liseuses électroniques, contenant un ensemble de pages html) et pdf (entre autre pour une impression de qualité). Ces formats nécessitent une structure stricte pour un résultat de qualité.

Le balisage graphique produit par un traitement de texte ne convient pas pour la production de textes structurés. Il faut impérativement remplacer une pseudo-structuration esthétique (majuscules, taille, gras, italique, souligné et styles aléatoires des traitements de texte pour signifier la structure d’un texte) par une structuration sémantique stricte permettant aux « machines » de comprendre la structure d’un texte et de la répercuter esthétiquement et fonctionnellement.

Ces documents numériques doivent aussi contenir la description du document. On parle de métadonnées. La structure de ces métadonnées fait l’objet de normes et permet le partages d’informations entre outils et l’alimentation automatique des bases de données.

Les éditeurs de textes

LaTeX, un format à part, résout le problème du codage et de la structure. Plusieurs logiciels libres permettent d’éditer des fichiers LaTeX (le plus connu et le plus simple d’utilisation est TexEdit). Il sépare le fond et la forme et vous donne le contrôle total sur votre texte. C’est le logiciel qui se charge de la mise en page finale en fonction de vos instructions (Pierre, 2017). Il est cependant difficile à maîtriser. Il est surtout adopté par certaines professions (ingénieurs, mathématiques ou informatique) … mais pas que, voir par exemple le guides de Maïeul Rouquette pour les SHS.

Une solution moins complexe (adoptée pour la rédaction de ce papier) est probablement l’utilisation du format Markdown. C’est un langage de balisage léger, simple à lire, à écrire et à mémoriser. Il a été créé en 2004 par John Gruber. C’est le langage idéal pour se concentrer sur la rédaction d’un document sans se préoccuper de la mise en page (Dehu, 2018).

Les fichiers Markdown sont légers. Ils peuvent être écrits et lus avec un simple éditeur de texte ou avec un logiciel orienté MarkDown comme les logiciels Typora (gratuit mais non libre) ou zettlr (libre), l’app Androïd Markor ou les logiciels en ligne Stackedit ou Dillinger (qui permettent de travailler à plusieurs sur un même texte). Ces outils présentent des interfaces dépouillées (jusqu’à la page blanche). Ils permettent aux auteurs de se concentrer sur la rédaction sans se préoccuper de la mise en page finale du document.

Les mauvaises langues diront cependant que ce format est limité et seulement utile pour prendre des notes. Avec l’évolution de Markdown, en utilisant les extensions Pandoc (Bonjour, 2014), ce format n’a plus rien à envier à LaTeX que Pandoc va utiliser pour transformer votre fichier Markdown en document .pdf, .ePub ou .html.

Avec certains outils, il est même possible d’exporter votre document directement à partir de l’interface de l’éditeur (voir ci-dessous) dans une multitude de formats de sortie (Masutti, 2015).

Voici un exemple d’ouvrage édité en markdown et transformé avec Pandoc : Ethnométhodologie et éducation (Coulon A., 2019). Ce livre produit par une « machine » n’a rien à envier aux ouvrages produits avec un logiciel de mise en page.

À vos plumes (électroniques) !

B

(cet article est repris en partie du chapitre 14 du manuel « Comprendre et maîtriser la littérature scientifique »)

Vous pouvez aussi consulter cette vidéo d’Emilien Ruiz.

Bonjour J.-D., 2014. Élaboration et conversion de documents avec Markdown et Pandoc. EPFL-ENAC-IT, https://enacit1.epfl.ch/markdown-pandoc/#le-convertisseur-pandoc.

Dehut J., 2018. En finir avec Word ! Pour une analyse des enjeux relatifs aux traitements de texte et à leur utilisation. L’Atelier Des Savoirs, (23 janvier 2018), 1–17, https://eriac.hypotheses.org/80, (31/07/2018).

Masutti C., 2015. Un aperçu de Pandoc Présentation. STATIUM BLOG, https://statium.link/blog/2015/07/24/un-apercu-de-pandoc/, (31/07/2018).

Pierre A., 2017. De l’avantage de LaTeX sur les traitements de texte modernes, https://aurelienpierre.com/de-lavantage-de-latex-sur-les-traitements-de-texte-modernes/, (31/07/2018).

Ruiz, É., 2020. Apprendre à écrire ? La boîte à outils des historien·ne·s, https://www.boiteaoutils.info/2020/04/apprendre-ecrire/ (05/05/2020).